........................ La prose du Séb .....................

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Je suis auteur de nouvelles littéraires. Comme j'écris un peu pour moi et beaucoup pour les autres, je me suis dit que la publication était nécessaire.
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Bonne lecture !
Séb le Proseur

Nouvelles

Dimanche 24 septembre 2006

Et bien voilà, il faut bien commencer ! Lorsque je me suis lancé dans la nouvelle, j'ai eu pour idée d'aller voir un peu les thèmes proposés dans les concours, et pourquoi pas de m'y inscrire. Ayant trouvé l'excellent site http://www.bonnesnouvelles.net j'ai noté deux ou trois thèmes qui me « flashaient », et en avant !

Pour « le monstre du reflet », le thème proposé est « le miroir ». Comment faire original, me suis-je dit ? Et bien tiens, si on s'essayait dans un de mes genre littéraire favori : le Fantastique !

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Le monstre du reflet

Une semaine. Cela fait une semaine que Vincent se retrouve là, tous les matins, assis devant la coiffeuse où elle passait des heures à se faire belle. Si belle. Vincent ne pensait pas qu’elle puisse à chaque fois embellir davantage. Cela fait une semaine que cette image le hante, que ce cauchemar le poursuit jour et nuit, s’insinuant dans la moindre de ses pensées. Solène gisait là, sur le parquet, assassinée. Le meurtrier l’avait tuée et vidée de son sang. Cela fait une semaine que Vincent fixe le miroir, et qu’il boit. Il boit en regardant sa gueule se décomposer un peu plus tous les matins. Elle était tout. Il n’est plus rien.

Mais aujourd’hui, Vincent n’a pas bu, non. Car ce soir, il veut en finir. Il a attendu que l’angoisse monte et le submerge, puis il a saisi le rasoir qu’il avait longuement aiguisé.

La nuit est tombée. A la lumière de la lampe de la coiffeuse, Vincent frôle de la main le coffret en bois verni finement sculpté où elle rangeait ses bijoux. Il l’ouvre, sort la médaille qu’il lui avait offerte pour leurs fiançailles, puis la replace sans un bruit. Puis il approche le rasoir de son visage, et promène sa lame effilée le long de sa gorge, lentement, en contemplant son geste dans le reflet. Il imagine que, dans quelques secondes, il pourra voir le sang couler de sa gorge, jusqu’à ce qu’il perde conscience et qu’il la rejoigne. Enfin.

Soif. Proie.

Le monstre doit se rassasier. Depuis elle, il n’a rien mangé. Retour vers la ville, vers la maison du parfum qui attire… Il s’approche de la fenêtre ouverte et regarde à l’intérieur de la maison. Il aperçoit Vincent, sa bouche forme un affreux rictus et il entre...

 

Cela n'a que trop duré. Vincent est à bout, il veut en finir. Il promène une dernière fois la lame sur son cou, mais sa main se fige soudain. Il le voit dans le miroir, là, juste derrière lui. Cette chose parait si réelle. Pourtant il n'a rien bu. Il s'égratigne avec le rasoir pour vérifier qu'il n'est pas en train de rêver...

Le monstre qui s'approche maintenant par derrière lui semble issu de ses pires cauchemars. Guère plus grand qu'un enfant, il se déplace sans aucun bruit sur ses deux courtes pattes terminées par des griffes. Il semble posséder une musculature puissante, recouverte d’une peau bleutée. Malgré la distance, Vincent frissonne en voyant ses dents démesurées qui lui traversent le visage. Est-il en train de rire ? Il ne le sait pas, mais ses intentions semblent bien claires. Paralysé, Vincent retient sa respiration alors que le monstre se rapproche de lui.

 

Excitation. Puissance.

L’homme a peur. Il a du sentir sa présence. Sa peur guide le monstre. Il sait qu’il ne ratera pas son coup, car les hommes paralysés par son emprise sont vulnérables. La peur donne à leur sang un goût excitant. La bête sait qu’elle en restera extasiée longtemps après son repas. Maintenant, il ne lui reste plus qu’à bondir pour l’attaquer.

Mais soudain, il perçoit chez l’homme une nouvelle émotion. Détermination. Confiance. Que se passe t’il ? Il faut agir, vite, maintenant, tant que c’est facile…

 

Vincent a compris. C’est lui, c’est ce monstre qui a tué Solène. C’est cette abomination qui l’a assassinée sauvagement. Elle l’a vidée de son sang, et aujourd’hui, elle revient pour lui. Mais elle ne l’aura pas. Il sait que sa peur le rend faible. Il doit donc prendre le dessus, et remplacer cette émotion par une autre. Il pense à Solène, à leur amour, aux jours interminables sans elle, tout cela à cause de ce démon. Enfin, il réussit à faire monter sa haine. Estimant le monstre à sa portée, Vincent se retourne d’un coup et frappe avec son rasoir.

Le monstre hurle, il est blessé. Vincent cherche son corps, mais ne le voit pas. Aucun sang ne se répand sur le plancher. Même son rasoir ne porte pas de traces. C’est impossible, il l’a vu dans le miroir, il l’a touché, il l’a senti. Il entend pourtant son halètement et ses gémissements de douleur.

Machinalement, Vincent se retourne vers le miroir. Et là, il voit. Il voit dans le reflet le sang maculant la pièce, et la bête immonde recroquevillée dans un coin. Il comprend alors que le monstre ne peut se rendre invisible à travers le miroir. C’est là son unique chance de se débarrasser de lui. Lentement, il commence à dévisser les attaches du cadre.

 

Douleur. Cri.

La chose a mal. Elle ne comprend pas. L’homme l’a vue, elle le sait. C’est impossible. Aucune de ses victimes n’a jamais réagi de la sorte. La peur commence à la toucher, elle aussi. Non, il ne faut pas ! Ce sera son premier vrai combat. Un combat pour sa survie. Lui ou elle. Cette pensée lui donne le courage, et elle hurle son défi vers l’homme.

 

A peine a-t-il fini de décrocher le miroir, que Vincent entend le cri. Ce n’est plus un cri de douleur, mais un cri de haine. Sans vraiment savoir pourquoi, il pousse lui aussi un hurlement en réponse à la bête. Ce hurlement le libère totalement de l’emprise de la peur. Il bondit de sa chaise, tenant péniblement le miroir dans une main, et son rasoir dans l’autre. La chasse peut commencer. Il sait qu’il a l’avantage, car la chose est blessée, et il peut la voir.

Il se dirige vers le coin où elle est tapie, s’avance pour la frapper mais le monstre bondit pour se mettre hors de portée. Frénétiquement, Vincent réoriente le miroir pour tenter de le localiser.

 

Danger. Action.

Le monstre est inférieur. C’est une sensation nouvelle. Rééquilibrer les chances. L’homme peut le voir. Comment ? Grâce à cet objet qu’il porte dans la main ? S’il s’encombre de quelque chose d’aussi gros, c’est que cela doit être indispensable. S’attaquer à cet objet, serait-ce gagner la partie ? Le monstre contourne Vincent et bondit sur son bras. Vincent lâche le miroir en criant, et celui-ci se brise.

 

La peur envahit de nouveau Vincent. Il doit trouver une solution, et vite. Il regarde désespérément la pièce, à la recherche d’une idée. Le petit miroir de Solène, là-bas, dans le tiroir de la commode. Le salut. Vincent s’élance mais le monstre tend ses bras et lui fauche les jambes. Vincent s’écroule, sa tête heurte le sol, et c’est la nuit.

 

Victoire. Réflexion.

L’homme est si faible, privé de ses instruments. Un seul geste, et le voilà neutralisé. Le monstre s’approche du miroir brisé et le contemple. Voici donc l’objet qui aurait pu le mettre en échec. Miroir. Objet sans esprit qu’il ne peut pas leurrer. Il s’en souviendra, désormais.

 

Lorsque Vincent se réveille il voit à côté de lui le miroir brisé.

Dans un morceau resté accroché au cadre, il aperçoit le monstre qui s’approche. La chose a ramassé son rasoir, et lui sourit. Dans sa tête, Vincent croit entendre sa voix. «Je vais te saigner. Te saigner comme je l'ai saignée, elle. Deux humains si proches… je me demande si vos sangs ont le même goût...». Le monstre promène la lame sur la gorge de Vincent, et entaille profondément sa chair. Dans le miroir brisé, Vincent voit son sang couler le long de sa gorge. Sans un cri, il perd connaissance et la rejoint. Enfin.

Par Séb le Proseur
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Dimanche 24 septembre 2006

Bon, après le fantastique, le Moyen-Age : une époque que j'aime beaucoup aussi. Le thème proposé : La ville. Des problèmes pour identifier la ville dont je parle ?? Je suis sûr que, si vous êtes joueur, vous arriverez facilement à trouver avec les nombreux indices que j'ai laissés !!

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« Tu es ma ville »

A le voir ainsi, on aurait pu croire qu'il se reposait.
Le Téméraire était assis sur un tronc d'arbre, immobile, tenant à la main les restes de son épée brisée. Ce n'est qu'en s'approchant que l'on aurait pu remarquer le filet de sang qui coulait de sa broigne, percée entre deux mailles par le coup de pique de l'ennemi.
Blessé et affaibli, Le Téméraire songeait. La Ville l'avait rejeté, lui, le grand-duc d'Occident ! Qui était-elle, face à sa puissance ? Savait-elle combien d'autres de ses semblables il avait assiégé ? Imaginait-elle la douleur de celles qu'il avait prises par la force, puis laissées au pillage de ses troupes ? Pourtant, il lui avait tout promis, jusqu'à lui annoncer qu'elle serait la capitale de son Empire.
D'un geste lent, le Téméraire comprima le linge qu'il avait déposé sur sa blessure. Il retint un cri, puis s'aperçut qu'il suait, malgré le froid glacial de ce soir d'hiver. Comment cela avait-il commencé ?

Au départ, il ne l'avait considérée que comme une future prise de guerre. La prise majeure qui lui permettrait de relier ses territoires, et d'unifier ainsi le plus grand duché d'Occident. Cette ville était la résidence du seigneur local, le duc René. Il ne pouvait donc l'éviter, car sa prise éviterait sans aucun doute beaucoup d'autres batailles, et son armée avait besoin de repos.
La première fois qu'il la vit, du haut d'une colline en surplomb son oeil militaire exercé se porta de suite sur ses défenses. C'était une petite ville, avec quelques tours de guet et un seul chemin de ronde. Deux portes fortifiées permettaient d'y accéder, une au Nord, et une au Sud. Somme toute était elle mal armée pour se défendre contre une attaque directe, mais les troupes du Téméraire étaient lasses, et leur armement réduit par la prise des autres places fortes. Il allait donc attendre, monter le siège, et harceler l'ennemi, ce qui permettrait à ses troupes de se reposer.
Ce fut le lendemain que cela arriva. Au lever du soleil, le Téméraire ordonna la montée du siège. C'est en inspectant de nouveau les défenses de la ville, qu'il eut pour la première fois ce sentiment bizarre. Un sentiment qui l'empêcha de détourner le regard de la ville. Était-ce la forme des murailles ? L'agencement de ses tours ? Un frisson parcourut l'échine du Téméraire. Sur le moment, il prit ce phénomène pour un pressentiment militaire. Quelque chose avait dû lui échapper. Devait-il revoir ses plans ? Il fut tenté de réunir ses chevaliers, mais le sentiment s'estompa aussi vite qu'il était venu. Mettant cela sur le compte de la fatigue accumulée lors de sa campagne, il retourna dans sa tente.
Le siège dura trois semaines. Sans doute cette durée relativement courte-fut elle causée par l'absence à l'intérieur des murs du seigneur des lieux, le duc René, parti en Suisse conclure des alliances. Voyant que les défenseurs étaient à bout de force, le Téméraire leur proposa un traité dans lequel il garantissait qu'ils seraient bien traités, et que leurs privilèges seraient conservés. Quelques heures plus tard, le prévôt de la ville lui annonça sa capitulation.

Une branche craqua près de lui. Le bruit tira le Téméraire de sa rêverie. La nuit commençait à tomber, étouffant sous elle les derniers bruits de la bataille. Crier ? Appeler à l'aide serait perdre sa dignité, et se couvrir de honte devant elle. Non, il allait se reposer, là, un peu, et la rejoindrait quand il aurait repris un peu de force. Il voulait tant y retourner pour retrouver les sensations de ce jour où, pour la première fois, il avait passé sa porte.

Précédé de six trompettes et de cent hommes, le Téméraire pénétra dans la ville par la porte de la Craffe. Vêtu d'un somptueux costume, il était coiffé de la barrette rouge surmontée d'une croix d'or et de quatre diamants. Quelques pas après le la porte, il s'arrêta subitement. La foule qui l'entourait lui semblait différente de la populace qui l'accueillait lors de ses précédents triomphes. Les rues, les bâtiments de la ville avait pour lui une clarté nouvelle. Partout où il regardait, son oeil était attiré par la beauté de l'architecture, par les tentures des échoppes et par l'agencement des bâtiments de la ville. Peinant à s'en convaincre lui-même, le Téméraire dut pourtant se rendre à l'évidence : il était tombé amoureux. La ville serait sa cité, sa capitale, et il arrêterait là ses conquêtes. Il pourrait y diriger son empire tout en continuant à parcourir ses rues, et y rencontrer ses habitants. Assez de sièges et de massacres, le Téméraire avait trouvé son Eden. Bien sûr, il laisserait à la ville tous ses privilèges, mais bien plus, il la transformerait à son image pour en faire la cité la plus rayonnante de l'Occident. Lorsque le prévôt lui remis symboliquement la clé de la ville, il la caressa sans même se rendre compte de son geste, puis la pris et la brandit pour la montrer à ses hommes qui l'acclamaient.

Un gémissement se fit entendre non loin du tronc où il était assis. Un de ses hommes, sans doute, blessé et demandant du secours. Le Téméraire s'approcha péniblement de l'endroit. Un homme de sa garde personnelle, dont il ne connaissait même pas le nom, gisait sur le sol dans une flaque de sang. Le Téméraire entreprit de le rassurer, et banda ses plaies les plus béantes. Son esprit se remit à vagabonder, et soudain il se souvint pourquoi. Pourquoi cela avait mal tourné.

Après sa prise de pouvoir, les seigneurs locaux se soumirent tous à son autorité. Comme pour marquer le retour de la paix, les fêtes, héritages de la venue récente du roi de France Charles VII dans la ville, reprirent leur prestige. De grands repas étaient organisés, où les seigneurs s'invitaient mutuellement pour rivaliser par la qualité de la chère et la rareté des pièces d'or et d'argent de leur vaisselle. Le Téméraire s'efforçait d'assister à tous, faisant corps avec sa ville conquise, et ne la quittant que très peu pour inspecter la campagne environnante. Il aimait également parcourir la ville incognito, ses ruelles, ses églises. Parfois même il poussait jusqu'aux quartiers marchands, où se négociaient les draps, la laine et les victuailles, mais aussi, plus loin, le fer et le sel issus des mines avoisinantes. Dans sa ville, il ne pensait plus aux conquêtes, ni même à la guerre.
Mais bientôt les nouvelles furent mauvaises. Son grand duché était attaqué au Sud-Est par les Suisses qui, déjà, y avaient remporté plusieurs victoires. La mort dans l'âme, le Téméraire décida de se porter lui-même au devant de l'ennemi. Le matin du départ, après s'être fait dire une messe, il resta longuement agenouillé devant l'autel de la collégiale Saint-Georges. Silencieusement, il promis à sa ville de lui apporter la sécurité, et de revenir au plus vite auprès d'elle. Puis il se mit en route avec sa garde pour rallier ses troupes environnantes.
Pendant deux longs mois, le Téméraire et ses troupes durent pourchasser les troupes suisses, qui fuyaient l'affrontement avec son armée bien plus nombreuse et expérimentée. Quand enfin il réussit à les surprendre, la bataille qui s'en suivi ne fut qu'une formalité. Les Suisses furent massacrés et leurs chefs pendus au bord du chemin, tels de vulgaires malandrins. Par cet acte, le Téméraire espérait dissuader toute autre coalition de venir menacer ses frontières. Il avait donc de nouveau vaincu, et s'était affirmé comme le Grand Duc d'Occident. Pourtant, le Téméraire n'avait plus goût à la victoire. Chaque jour, il pensait à elle, qu'il avait dû abandonner pour partit guerroyer. Était-elle lasse de l'attendre ? Perdait-elle de son éclat en l'absence de son soupirant ? Si le Téméraire avait décidé le massacre de ses ennemis c'était aussi pour éviter les longs pourparlers et raccourcir le temps qu'il passait si loin d'elle.
Puis vint le retour. Le Téméraire faisait forcer l'allure, s'attirant le mécontentement de ses hommes, exténués par la longue chasse sur les chemins boueux. Mais il n'en avait cure. Il n'avait qu'elle en tête, et jura de ne trouver de repos que lorsqu'il l'aurait rejoint. Quand enfin, les contreforts de la ville furent visibles, le Téméraire ne pût contenir un cri de joie, il éperonna sa monture et fila comme le vent en direction de ses murailles.

Le garde poussa son dernier soupir, puis ses yeux s'ouvrirent et son ultime image fut la figure de son Duc, perdu dans ses pensées, et qui le regardait à peine. Le Téméraire marmonna une courte prière, puis couvrit le corps avec un étendard déchiré qu'il trouva à proximité. Puis il s'assit et pris sa tête dans ses mains.

Il galopait, et plus rien autour de lui n'existait. Ni le vent, ni la pluie qui commençait à tomber. Il se rapprochait, il la retrouvait. Sa ville tant aimée, dont les murailles lui apparaissaient maintenant, et sur lesquelles il apercevrait bientôt ses étendards..
Brusquement, le Téméraire tira sur les rênes de sa monture qui se cabra en hénissant. Les alérions ! Ces oiseaux maudits du duc René ! Ils trônaient, là, au milieu de l'étendard flottant sur la tour sud. Et, les entourant sur le blason, les lions, les poissons, et toutes les armes du duc René ! La ville était reprise ! Sa ville ! Son amour... Un cavalier solitaire chevaucha vers lui, en provenance de la ville.
"Entre, Philippe, mon fidèle prévôt !", dit le Téméraire, "parle sans attendre et dis-moi ce qui s'est passé". Les mots de Philippe de Nevers résonnèrent longtemps dans sa tête. Oui, la ville était reprise. Le duc René avait envoyé une petite troupe en reconnaissance dès qu'il avait eu connaissance du départ du Téméraire. Et la ville s'était ouverte. Se soulevant contre les gardes du Téméraire, elle avait laissé entrer ses anciens maîtres. Elle l'avait renié. Elle l'avait trahit pour retourner dans les bras de René, alors même que celui ci n'était pas présent pour la reprendre... Le hurlement que poussa alors le Téméraire marqua longtemps les mémoires de ses barons.
Au matin du jour suivant, le froid vif de l'hiver ne sembla pas engourdir la rage du duc. Les bombardes et les couleuvrines furent déployées non loin de la ville, malgré la neige qui rendait pénible leur manipulation. Le Téméraire voulait détruire. Il voulait la voir souffrir, lui faire payer sa trahison. Mais au milieu de la journée, ses guetteurs lui annoncèrent l'arrivée d'une armée venant de l'Est, portant les armes du duc René, qui en toute vraisemblance chevauchait lui-même à sa tête. Il arrivait enfin, son ennemi, son rival... Et bien tant mieux, il assisterait à la destruction et au pillage de la ville, et verrait ce qu'il en coûte de s'opposer à lui !
Le Téméraire fit donner l'artillerie sur les murailles de la ville. Mais celles-ci étaient solides : il les avait fait lui-même renforcer pour défendre sa bien-aimée. Ses barons l'exhortèrent alors à cesser son offensive, et à organiser son armée pour aller à la rencontre du duc René. Mais le Téméraire n'écoutait pas, il n'écoutait plus : tout son esprit était tourné vers elle, vers sa vengeance...
Quand enfin il décida de former ses troupes, dans son dispositif habituel inspiré de la phalange antique, il était trop tard. Jouant sur la rapidité, le duc René avait envoyé ses cavaliers fondre sur les troupes en manoeuvre, empêchant ainsi toute formation. Lorsque les fantassins de René arrivèrent sur le lieux de la bataille, la garde du Téméraire se resserra autour de son duc, décidée à le défendre jusqu'au dernier homme debout.

Le Téméraire releva la tête. La nuit était maintenant noire, et le froid intense l'engourdissait de plus en plus. Bouger. Se lever. Tenter de rejoindre ses troupes en fuite. Le destin du grand-duc d'Occident ne pouvait pas être de mourir ici, dans ce bois jonché des cadavres de ses hommes, privé des secours de la religion. Pourquoi avait-elle choisi René ? N'avait-il donc pas réussi à la convaincre de son amour ? Comment n'avait-elle pas pu croire en l'avenir qu'il lui promettait : capitale de son duché , cité prestigieuse de l'Occident ? Imaginait-elle ce que serait son destin, à présent, sous la coupe de ce petit duc ? Non, elle avait été fourvoyée ! Malgré sa douleur, il fallait qu'il y retourne pour lui expliquer. Il lui montrerait son amour quitte à la supplier, et à se traîner à genoux devant ses murailles.
Soudain, un grognement le fit sursauter. Le Téméraire tourna la tête vers les fourrés.

Cette histoire romance un fait historique réel. Le corps de Charles le Téméraire fut découvert le 7 janvier 1477, à moitié dévoré par les loups, au bord de l'étang de la Commanderie. A moins d'une demi-lieue de la ville.

Par Séb le Proseur
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Dimanche 5 novembre 2006

Deuxième version, donc...
Le thème imposé: "Blanc(s)"

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L'Afrique, notre ultime espoir  

 

"Papa, la terre, là-bas, c'est l'Afrique ?"  

 

La terre... L'Afrique, enfin ! Trois jours que nous naviguions, mon petit Marc et moi, en direction du continent épargné. Trois jours que nous fuyions l'Europe, le continent de la civilisation et du progrès, ravagé en quelques minutes par la bombe atomique. Parfois résonnaient encore dans ma tête les promesses des politiciens, qui nous assuraient que la bombe servait à nous défendre. La dissuasion, qu'ils appelaient ça... Où sont-ils maintenant, ces gouvernants ? Terrés comme des rats dans leur abris préparés à l'avance ? Irradiés, traînant aveugles parmi les ruines ? Ou morts, ensevelis en une seconde, pour les plus chanceux... Morts en laissant les survivants condamnés à l'enfer par leur faute. L'enfer, ou l'exil. 
Mon fils et moi sommes des miraculés. Le jour de la catastrophe, nous étions partis en mer. C'était une promenade que je lui avait promis pour son septième anniversaire. « Tu vas découvrir la mer, mon fils... la mer est un autre monde ». 
Et puis, il y eut ce bruit, et ces lueurs, loin dans les terres. Et cette vague de feu qui embrasait tout sur son passage. Instinctivement, je pris Marc dans mes bras pour le cacher dans la cabine. L'apocalypse ravageait la côte, et tout ce qui s'offrait à ma vue n'était que flamme, fumée et brume toxique. Ma femme, mes amis, mon pays venaient d'être réduit à néant en un instant. Et nous, nous étions là, avec Marc, spectateurs horrifiés de la fin de notre monde. Après de longues minutes, paralysé par la stupeur, je décidai de fuir le cauchemar, et mis le cap vers le large.  

 

"Papa, c'est comment l'Afrique ?"  

 

L'Afrique... le premier grésillement de la radio du bord. Le premier signe de vie que nous avons perçu après la catastrophe. L'Afrique avait été épargnée. Le continent pauvre n'avait aucune importance stratégique pour les grandes puissances. Mes réserves de carburant étaient à sec, et nous commencions à souffrir de la soif, et de la faim. Résignés, nous ne disions plus grand chose, et Marc se contentait de me regarder avec ses grands yeux bleus, cherchant lui même ses réponses dans mon regard.  

 

L'Afrique, Marc, c'est le continent des grandes plaines sauvages, des déserts brûlants, des savanes et des merveilles que les hommes blancs n’ont cessé de mettre en péril. Les animaux en jouet que tu aimes tant, la girafe, le lion, l’éléphant, y vivent en réalité. C'est aussi le continent des richesses les plus variées : l’or, les diamants. Parfois, le soleil y tape fort et la végétation est difficile à pénétrer, mais l’Afrique n’offre ses merveilles qu’à ceux qui peuvent les mériter. L'Afrique est le continent où les hommes pouvaient aller sur de vastes territoires, et vivre libres.... Libres, avant que n'arrivent les blancs.  

 

"Papa, les Africains, ils seront gentils, avec nous ?" 

 

Je ne sais pas. Nous sommes blancs, mon fils Et cette couleur est notre fardeau.
Depuis des siècles, les hommes blancs n'ont cessé de vouloir dominer les autres races. Au début, lorsque nous avons découvert l'homme noir, nous l'avons considéré comme un être inférieur, primitif. Nous l'avons combattu et soumis à notre volonté. Brisés et humiliés, les Noirs furent contraints de s'adapter à nos coutumes. Mais les hommes blancs continuèrent à les considérer comme des animaux en les réduisant en esclavage. Les blancs ont capturé des milliers d'esclaves noirs en Afrique pour les emmener dans leurs plantations où ils travaillaient dur toute la journée sous les coups et les injures de leurs maîtres. Après l’esclavage, vint la colonisation. Les blancs s'approprièrent les richesses de l'Afrique, ne les partageant que très peu avec les habitants.
Lorsque les blancs rentrèrent chez eux, le continent noir s'enfonça dans la misère, et des guerres incessantes se produisirent dans les pays africains. Les Africains furent invités à venir dans les pays des blancs pour y travailler, mais ceux qui venaient  étaient regroupés dans les quartiers pauvres des villes et insultés, rejetés. Mais ils préféraient encore venir chez nous plutôt que de mourir dans leur pays. 
Et puis, il y eut la bombe. Notre société blanche supérieure se détruisit elle-même par sa propre folie.. Aujourd'hui, Marc, les rôles sont inversés. Nous sommes les réfugiés. L'Afrique est notre ultime espoir. 

Marc se serra contre moi. Je sentis à ce moment combien sa mère pouvait lui manquer, et le serrai longuement dans mes bras. Puis je dirigeai le bateau vers un petit port que j'avais aperçu quelques minutes auparavant. Qu'importe l'accueil qui nous serait réservé, nous n'avions plus le choix.  

 

Ibrahim avait repéré le bateau depuis une heure déjà. Et de part les événements terribles qui venaient de se produire, il savait, bien avant qu'il ne s'approche du port, quels passagers étaient à bord. Des hommes blancs, en quête d'un refuge, fuyant la désolation et cherchant asile sur sa terre d'Afrique. 

Soudain,  Ibrahim repensa à son frère Ali, parti un an avant la catastrophe. Parti pour l'Europe et la promesse d'une vie meilleure. Parti comme tant d'autre en clandestin, en hors-la-loi. Il se souvint combien il l'avait longuement étreint dans ses bras le jour de son départ. Il se souvint aussi que depuis, il n'avait plus jamais eu de ses nouvelles. 

Le bateau s"approchait. Une toute petite embarcation de plaisance. A bord, Ibrahim aperçut un homme et un enfant. Deux réfugiés blancs, au regard vide. Le bateau accosta, et l'homme prit l'enfant dans ses bras. Ibrahim s'approcha de la passerelle de débarquement, fixa l'homme dans les yeux et dit : 

- Donne-moi la main, mon frère.

 

 

 

 

 

 

Par Séb le Proseur
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