........................ La prose du Séb .....................

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Séb le Proseur

Dimanche 25 février 2007

Pour celle-là, je change radicalement de ton... C'est pour ceux qui me trouvaient trop triste !

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Trop tard !

La ventouse collée au comptoir du Mérou’s bar, Zgulk commença à reprendre tout... depuis le début. Et ce tout était vraiment pourri.
Tout, à commencer par la mission de Zorg. Les Amphibiens devaient apporter la lumière de la civilisation aux Rahéliens, une peuplade primitive de Fargo III. Fargo III ? La zone ! Une petite planète paumée à 15000 années-lumières du Centre.  Un coup à passer plusieurs mois dans l'espace pour ramener que dalle, sinon des nouveaux virus. Une mission chiante, quoi. Encore un truc prédestiné au capitaine Zorg. Zorg, l’éternel looser de service, promu comme officier dans la marine spatiale on ne sait pas comment, et pas encore viré on ne sait pas pourquoi. Peut-être justement parce qu’il fallait à la marine des gogos tels que lui pour les tâches de ce genre.
Et le fait que Zorg fut son cousin ne le remontait pas d'un poil dans l'estime de Zgulk.

Zgulk, lui n'était pas un prince de l'ambition. Comme coursier du consortium, il gagnait tout juste  sa vie, pouvait se payer son moulsteak quotidien et parfois même s'autoriser quelques jours de vacances. Merde, il aurait bien été inspiré d'en prendre ces derniers jours, des vacances, plutôt que de se retrouver dans cette situation !
Tout avait commencé quand le gros Jilk, son patron, avait déboulé, avec son air furibard habituel, dans le vestiaire de la Célao.
-  Trois jours ! lui gueula-t'il à la face. Trois jours amphibiens de retard pour un simple paquet ! Nom de  Xhull, Zgulk, tu tiens vraiment à être responsable des ulcères de tous mes estomacs ?
Il approcha son haleine putride à moins de vingt centimètres de la tête de Zgulk. Ses nageoires sub-crâniennes frétillaient, et ses deux branchies supérieures étaient gonflées à bloc.
- Écoute moi bien, tête de poulpe, si j'ai encore UN problème avec toi, je t'envoie à l'usine de conserves. Dans les conserves !  Tiens, voilà un paquet. En prioritaire ! Magne-toi !
Il était comme ça, le gros Jilk. Délicat, compréhensif, amical .... Mais Zgulk s'en foutait. Le boulot, c’était juste pour vivre. Sa passion à lui, c’était la peinture. Elle lui permettait de se couper un moment de cette vie de merde.

Les passions de Zorg, elles, étaient beaucoup moins fleurs bleues. Un soir qu’ils étaient complètement bourrés, son cousin lui avait raconté ses passe-temps tordus. Le capitaine de la prestigieuse marine spatiale s’adonnait fréquemment au sado-masochisme. Il aimait choisir de jeunes recrues pour tester personnellement leur endurance, et récompensait les plus courageux en leur passant le fouet et en leur ordonnant de lui faire subir la même chose. Ouais, c’était ça, la gloire de la famille. Celui dont sa mère disait qu’il portait haut notre blason !
Penché sur les commandes de son vaisseau-livreur, Zgulk imagina la tête de la mère s'il prenait discrètement quelques photos de ses « séances »,  et qu'il les cachait dans le ragoût de plancton du dimanche, juste avant le service.
 - On choisit pas ses parents, on choisit pas sa coquille ! gueulait le chanteur  Fumée d’Algues dans la radio du vaisseau.
-  T’as raison, mon pote ! , pensa Zgulk en augmentant le volume.

Zgulk déploya son tentacule pour ne pas tomber de la chaise du Cyber-bar. Ouais, la journée n'avait pourtant pas si mal commencé. Pourtant, demain, il allait rafler le titre d'Amphibien le plus naze de l'année à cette andouille de Zorg. Tout ça à cause de cette foutue livraison.

Une livraison pour le cousin ! Le bonheur ! Sûrement un truc pour sa fameuse mission dont il avait rabattu les oreilles de toute la maison dimanche dernier. Ce jour là, le seul point positif de son  discours minable avait été quand il avait déclaré qu’il serait absent pendant des mois, voire une année amphibienne.
Zgulk considéra le paquet. Et ben il attendra, cet imbécile ! Une vessie pleine, c’est prioritaire dans ces cas là. Même s’il en reste encore deux à remplir. En plus, la maison était sur le chemin. Sans hésitation, Zgulk s'accorda un détour.

- Qu’est ce que tu viens foutre chez nous à c’t’heure-ci, feignasse ?  beugla Ximma .
Ah ! La douceur protectrice du foyer, réconfort du travailleur. Le solide appui d’une femelle aimante l’attendant tout le jour en élevant avec amour ses merveilleux enfants. Zgulk avait lu ça, l’autre jour, dans le Poulpe Vespéral, avant de chiffonner la revue et de se torcher avec.
Ximma ne l’avait pas raté. Pas possible de rentrer discrètement, avec cette grosse vache de mer. Malgré les cris de ses trois gosses braillards, elle l'entendait toujours . Surtout les nuits où il revenait bien pinté, d'ailleurs.
-  La ferme ! répondit-il. Si tu savais la livraison qu’ils m’ont foutue, tu la ramènerais moins!
Ximma  le lorgna avec un oeil indifférent.
- Quoi, encore ?  demanda-t'elle.
-  Un colis urgent pour MONSIEUR le capitaine Zgulk, de la grande marine spatiale. Rien que ça 
-  Arrête de déconner ? Fais voir ? 
-  Impossible, chérie, les consignes sont les consignes ! Un paquet de la Célao ne doit jamais transiter par un extérieur ! Pas de bol, hein ?
Zgulk exultait. Toutes les occasions de mettre sa femme mal à l'aise étaient pour lui un vrai bonheur. Il se vengeait comme il pouvait de cette mégère. Ximma lorgna sur le paquet, puis se planta devant son mari.
- Écoute moi bien, limace à tentacules, soit tu me montres ce que c’est, soit je te promets que je vais te le soigner , l’accueil de la femelle aimante dans le foyer protecteur !  Et tous les soirs, encore !
Merde ! Elle avait lu l’article, elle aussi ! Quelle galère sous-marine ! L’était coincé. Elle le ferait, il en était sûr. Dans le domaine des emmerdements, elle était vraiment hors-norme. Une championne. Il ramena donc le paquet du camion et le montra à sa femme. Aussitôt, ses trois terreurs sautillèrent autour de la table pour essayer de voir aussi, et seule une torgnole distribuée au hasard put les faire reculer. Ximma regarda le bon de livraison et recula d'un pas.
- P’tain, Zgulk, c’est une liqueur polymorphe ! dit elle.
- Une quoi ? 
- Une liqueur polymorphe, pauvre lichen ! Si tu écoutais les discours de ton cousin au lieu de roupiller devant ton assiette, tu saurais que ce bijou peut transformer ton corps à la demande ! Les explorateurs l’utilisent pour prendre l’apparence des nazes qu’ils rencontrent dans les planètes reculées !
Zgulk resta quelques instants silencieux, le temps aux informations de trouver les neurones appropriés dans son cerveau peu garni.
- Et alors, c’est précieux quoi ! , dit-il. Faut le remballer vite fait et je vais le livrer !
- Tu rigoles ? Je tiens là ma seule chance de me refaire le nez et les deux ouïes pour pas un rond. Je vais pas la laisser passer  !
Et avant qu’il eut put dire un mot, sa femme saisit le flacon, et s'enferma dans la salle de bain. Et là, il se dit qu’il était mal barré. Car même en temps normal, déloger Ximma de la salle de bains était une chose impossible.
Il alla donc vider sa vessie, puis se mit dans son fauteuil pour attendre.

Lorsqu’il se réveilla en sursaut, son premier réflexe fut de regarder sa montre.
- Nom de Xhull , hurla-t'il. Une heure que je suis là !  Là, c’est sûr, le gros Jilk va me mettre en friture ! .  Ximma ! Grosse vache ! Rends moi le flacon !. 
Pas de réponse. La porte de la salle de bains était ouverte, et la maison était déserte. Après quelques minutes de recherche, il trouva le flacon sur la table du salon, avec un mot à coté : « Parti avec les enfant montré mon nouvo visage au copines . X.».
Merde, elle l’avait fait ! Zgulk déboucha le flacon, et vit avec soulagement qu’il était quasiment plein. Bon, tant pis, plus de temps pour réfléchir ! Il remballa le tout en vitesse, remonta dans son vaisseau-livreur et fila en supersonique jusqu’au quai d’embarquement.

Zorg le vit arriver. Il l’aurait parié jusqu’à son dernier sou. Un retard aussi monstrueux dans une livraison urgente, ça ne pouvait être que ce gros mollusque baveux de Zgulk, son maudit cousin.
- Zorg ! haleta Zgulk, voilà ton paquet ! Y’avait du trafic autour du troisième aquarium et …
 Zorg lui arracha le paquet des tentacules.
- Un incompétent. Voilà ce que tu es ! dit simplement son cousin.
Il lui tourna le dos, et se dirigea fissa vers le sas d’embarquement. Zgulk le vit disparaître avant d’avoir pu placer un mot.
L'air maussade, Zgulk remonta dans son vaisseau. Quelle  journée ! Et il allait encore  falloir affronter le gros Jilk... Et ben non, tiens. ! Foutu pour foutu, il décida d’aller boire un coup et de rentrer chez lui direct pour peindre une petite toile. Histoire de se relaxer un tantinet. Un peu de calme avant la tempête.

- Alors, que penses-tu de mon nouveau visage ? demanda Ximma.
Zgulk regarda sa femme quelques secondes. Mouaif. Elle était un peu moins moche de visage. Mais l’arrière train était toujours baleinien et les hanches démesurées. Au grand désappointement de sa femme, il haussa donc les épaules et s’installa à son chevalet.  Bon. Les couleurs  étaient  prêtes mais les pinceaux étaient crados. Il prit la bouteille de dissolvant sur la table et… vit que quelque chose clochait. Il en était sûr, la bouteille était beaucoup plus lourde hier. Il jeta un œil furtif sur ses trois fils et les fit venir à lui avec sa douceur habituelle.

L’horreur ! L’improbable connerie ! Le plus grand avait trouvé le moyen de mélanger le dissolvant avec le produit rigolo ramené par papa. La curiosité scientifique de ce chimiste en herbe était stupéfiante ! C’était la super-méga-couille, quoi. Il ne lui restait plus qu'à foncer et arriver avant le départ du vaisseau ! En chemin, Zgulk pensa moins à Zorg qu’aux conséquences éventuelles que cela pourrait avoir pour les autres membres de son équipage.

Trop tard ! Zgulk se tenait bêtement sur le quai, triturant ses ventouses, alors que le capitaine Zorg venait juste de passer dans l’hyper-espace. Toute communication était maintenant impossible. C’était l’apothéose d’une journée en enfer.

Jutih était l’autre gloire de la famille. Nettement plus discret que Zorg, mais surtout nettement moins con ! Biochimiste à l’institut Algonik, Jutih était une tête. Mais la tête qu’il tira ce soir là à Zgulk fit pâlir celle de ce dernier un peu plus …
- Mon gars, lui asséna-t'il direct, si ça s’ébruite, tu vas rentrer dans l’Histoire de la bio !
Si ça s’ébruite ? Cette grosse vache de Ximma avait déjà du vendre la mèche à une dizaine au moins de ses détestables amies !
- Ton morveux vient de créer un mélange inédit . Pour te faire bref, Zorg devrait bien se transformer en indigène, mais son cerveau aussi va être atteint. Pour te donner un aperçu, les gens qui avalent ce dissolvant deviennent dingues. Ils développent un égocentrisme hors du commun, avant d’avoir des visions et de délirer. J’ai même lu que certains laissaient ressurgir leurs phantasmes les plus profonds avant de crever. Du pas beau à voir quoi…!
Leurs phantasmes profonds ? Les phantasmes de Zorg ! L’image du capitaine débarquant sur la planète Fargo III frappa l'esprit embrouillé de Zgulk. Un dingue sado-maso descendu des étoiles, les primitifs ne devaient pas voir ça tous les jours ! Au mieux, son équipage l'abandonnerait par mesure de sécurité.

L'alcool triturandique fit son effet. Zgulk tenta une nouvelle fois de s'accrocher au comptoir du Mérou's bar, mais, cette fois, sa ventouse n’adhéra pas et il s'étala sur le sol. 

Planète Terre. Il y a 2000 ans. Un homme est retrouvé errant à proximité du village de Béthléhem, en Judée . Recueilli par un charpentier, il deviendra le gourou une secte masochiste où les disciples se feront torturer et mourront dans d'atroces souffrances. Lui-même finira crucifié avec une couronne d'épine sur la tête, et mourra ... en regardant vers le ciel. Mais ceci est une autre histoire.

 

Par Séb le Proseur - Publié dans : Nouvelles
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