Et bien voilà, il faut bien commencer ! Lorsque je me suis lancé dans la nouvelle, j'ai eu pour idée d'aller voir un peu les thèmes proposés dans les concours, et pourquoi pas de m'y inscrire. Ayant trouvé l'excellent site http://www.bonnesnouvelles.net j'ai noté deux ou trois thèmes qui me « flashaient », et en avant !
Pour « le monstre du reflet », le thème proposé est « le miroir ». Comment faire original, me suis-je dit ? Et bien tiens, si on s'essayait dans un de mes genre littéraire favori : le Fantastique !
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Le monstre du reflet
Une semaine. Cela fait une semaine que Vincent se retrouve là, tous les matins, assis devant la coiffeuse où elle passait des heures à se faire belle. Si belle. Vincent ne pensait pas qu’elle puisse à chaque fois embellir davantage. Cela fait une semaine que cette image le hante, que ce cauchemar le poursuit jour et nuit, s’insinuant dans la moindre de ses pensées. Solène gisait là, sur le parquet, assassinée. Le meurtrier l’avait tuée et vidée de son sang. Cela fait une semaine que Vincent fixe le miroir, et qu’il boit. Il boit en regardant sa gueule se décomposer un peu plus tous les matins. Elle était tout. Il n’est plus rien.
Mais aujourd’hui, Vincent n’a pas bu, non. Car ce soir, il veut en finir. Il a attendu que l’angoisse monte et le submerge, puis il a saisi le rasoir qu’il avait longuement aiguisé.
La nuit est tombée. A la lumière de la lampe de la coiffeuse, Vincent frôle de la main le coffret en bois verni finement sculpté où elle rangeait ses bijoux. Il l’ouvre, sort la médaille qu’il lui avait offerte pour leurs fiançailles, puis la replace sans un bruit. Puis il approche le rasoir de son visage, et promène sa lame effilée le long de sa gorge, lentement, en contemplant son geste dans le reflet. Il imagine que, dans quelques secondes, il pourra voir le sang couler de sa gorge, jusqu’à ce qu’il perde conscience et qu’il la rejoigne. Enfin.
Soif. Proie.
Le monstre doit se rassasier. Depuis elle, il n’a rien mangé. Retour vers la ville, vers la maison du parfum qui attire… Il s’approche de la fenêtre ouverte et regarde à l’intérieur de la maison. Il aperçoit Vincent, sa bouche forme un affreux rictus et il entre...
Cela n'a que trop duré. Vincent est à bout, il veut en finir. Il promène une dernière fois la lame sur son cou, mais sa main se fige soudain. Il le voit dans le miroir, là, juste derrière lui. Cette chose parait si réelle. Pourtant il n'a rien bu. Il s'égratigne avec le rasoir pour vérifier qu'il n'est pas en train de rêver...
Le monstre qui s'approche maintenant par derrière lui semble issu de ses pires cauchemars. Guère plus grand qu'un enfant, il se déplace sans aucun bruit sur ses deux courtes pattes terminées par des griffes. Il semble posséder une musculature puissante, recouverte d’une peau bleutée. Malgré la distance, Vincent frissonne en voyant ses dents démesurées qui lui traversent le visage. Est-il en train de rire ? Il ne le sait pas, mais ses intentions semblent bien claires. Paralysé, Vincent retient sa respiration alors que le monstre se rapproche de lui.
Excitation. Puissance.
L’homme a peur. Il a du sentir sa présence. Sa peur guide le monstre. Il sait qu’il ne ratera pas son coup, car les hommes paralysés par son emprise sont vulnérables. La peur donne à leur sang un goût excitant. La bête sait qu’elle en restera extasiée longtemps après son repas. Maintenant, il ne lui reste plus qu’à bondir pour l’attaquer.
Mais soudain, il perçoit chez l’homme une nouvelle émotion. Détermination. Confiance. Que se passe t’il ? Il faut agir, vite, maintenant, tant que c’est facile…
Vincent a compris. C’est lui, c’est ce monstre qui a tué Solène. C’est cette abomination qui l’a assassinée sauvagement. Elle l’a vidée de son sang, et aujourd’hui, elle revient pour lui. Mais elle ne l’aura pas. Il sait que sa peur le rend faible. Il doit donc prendre le dessus, et remplacer cette émotion par une autre. Il pense à Solène, à leur amour, aux jours interminables sans elle, tout cela à cause de ce démon. Enfin, il réussit à faire monter sa haine. Estimant le monstre à sa portée, Vincent se retourne d’un coup et frappe avec son rasoir.
Le monstre hurle, il est blessé. Vincent cherche son corps, mais ne le voit pas. Aucun sang ne se répand sur le plancher. Même son rasoir ne porte pas de traces. C’est impossible, il l’a vu dans le miroir, il l’a touché, il l’a senti. Il entend pourtant son halètement et ses gémissements de douleur.
Machinalement, Vincent se retourne vers le miroir. Et là, il voit. Il voit dans le reflet le sang maculant la pièce, et la bête immonde recroquevillée dans un coin. Il comprend alors que le monstre ne peut se rendre invisible à travers le miroir. C’est là son unique chance de se débarrasser de lui. Lentement, il commence à dévisser les attaches du cadre.
Douleur. Cri.
La chose a mal. Elle ne comprend pas. L’homme l’a vue, elle le sait. C’est impossible. Aucune de ses victimes n’a jamais réagi de la sorte. La peur commence à la toucher, elle aussi. Non, il ne faut pas ! Ce sera son premier vrai combat. Un combat pour sa survie. Lui ou elle. Cette pensée lui donne le courage, et elle hurle son défi vers l’homme.
A peine a-t-il fini de décrocher le miroir, que Vincent entend le cri. Ce n’est plus un cri de douleur, mais un cri de haine. Sans vraiment savoir pourquoi, il pousse lui aussi un hurlement en réponse à la bête. Ce hurlement le libère totalement de l’emprise de la peur. Il bondit de sa chaise, tenant péniblement le miroir dans une main, et son rasoir dans l’autre. La chasse peut commencer. Il sait qu’il a l’avantage, car la chose est blessée, et il peut la voir.
Il se dirige vers le coin où elle est tapie, s’avance pour la frapper mais le monstre bondit pour se mettre hors de portée. Frénétiquement, Vincent réoriente le miroir pour tenter de le localiser.
Danger. Action.
Le monstre est inférieur. C’est une sensation nouvelle. Rééquilibrer les chances. L’homme peut le voir. Comment ? Grâce à cet objet qu’il porte dans la main ? S’il s’encombre de quelque chose d’aussi gros, c’est que cela doit être indispensable. S’attaquer à cet objet, serait-ce gagner la partie ? Le monstre contourne Vincent et bondit sur son bras. Vincent lâche le miroir en criant, et celui-ci se brise.
La peur envahit de nouveau Vincent. Il doit trouver une solution, et vite. Il regarde désespérément la pièce, à la recherche d’une idée. Le petit miroir de Solène, là-bas, dans le tiroir de la commode. Le salut. Vincent s’élance mais le monstre tend ses bras et lui fauche les jambes. Vincent s’écroule, sa tête heurte le sol, et c’est la nuit.
Victoire. Réflexion.
L’homme est si faible, privé de ses instruments. Un seul geste, et le voilà neutralisé. Le monstre s’approche du miroir brisé et le contemple. Voici donc l’objet qui aurait pu le mettre en échec. Miroir. Objet sans esprit qu’il ne peut pas leurrer. Il s’en souviendra, désormais.
Lorsque Vincent se réveille il voit à côté de lui le miroir brisé.
Dans un morceau resté accroché au cadre, il aperçoit le monstre qui s’approche. La chose a ramassé son rasoir, et lui sourit. Dans sa tête, Vincent croit entendre sa voix. «Je vais te saigner. Te saigner comme je l'ai saignée, elle. Deux humains si proches… je me demande si vos sangs ont le même goût...». Le monstre promène la lame sur la gorge de Vincent, et entaille profondément sa chair. Dans le miroir brisé, Vincent voit son sang couler le long de sa gorge. Sans un cri, il perd connaissance et la rejoint. Enfin.